mercredi 19 octobre 2011

Voyage chez les hommes qui font pousser l'eau (2)

A Hamirpur, les habitants reçoivent  dans un petit jardin rafraichissant qui borde la rivière Arvari. Bien qu’à sec en raison d’une précédente mousson très faible, l’Arvari est un des cinq cours d’eau de la région à s’être remis à couler d’un bout à l’autre de l’année grâce à la remontée des nappes phréatiques sur l’ensemble de son bassin. Cette ressource, les villageois s’organisent pour la protéger. Sous l’impulsion de TBS, ils  ont renoué avec la pratique ancienne du Gram Sabha, une assemblées traditionnelle, et lui ont donné une compétence officieuse sur les problèmes d’environnement. « En ce moment, la question cruciale est celle des forêts, explique Rudaram, le président du Gram Sabha  d’Hamirpur, pendant que des jeunes hommes se lavent à la pompe. Avant les villageois coupaient les arbres et les forêts se dégradaient.»

Villageois discutant un projet de plantation d'arbres. Dhiroda


En édictant des limitations à la coupe du bois et aux divagations du bétail, ces Gram Sabhas ont permis au couvert forestier de se régénérer, avec pour conséquence, entre autres, l’augmentation du nombre de félins aux abords des villages. « Les animaux sauvages sont une part de la nature, plaide Rudaram. Mon père et d’autres voyaient des tigres il y a cinquante ans, mais des gens de l’extérieur sont venus les tuer avec la complicité de gardes corrompus. Avant il y’avait peu de gardes et beaucoup de tigres, maintenant c’est plus de gardes et moins de tigres. Avec la baisse du nombre de tigres, la chaîne alimentaire a été dérangée.»

Chèvres dans le réservoir d'un johad

Le rôle joué par les fauves est reconnu par la plupart des villageois, même si les quelques chèvres tuées ne les réjouissent pas.  « Il n’y a pas d’animosité envers les fauves, confirme un éleveur de Devri en lisière de la jungle de Sariska. Le gouvernement incrimine les villageois dans la disparition des tigres, mais c’est pour mieux nous mettre dehors. Nous vivons là depuis des siècles et il y avait de la vie sauvage en abondance. Ce sont les anglais et les maharadjas qui ont tué les tigres, pas les villageois. » De fait, les panthères limitent le nombre de Nilgais, ces antilopes qui en troupeaux peuvent être dévastatrices pour les cultures.

Devri

L’imbrication séculaire entre la nature et les hommes rend nécessaire l’équilibre entre ces derniers et leur environnement. « Si les gens ont les ressources naturelles à leur disposition, alors ils peuvent mener leur vie, plaide Chotelal  Meena, ils n’ont pas besoin d’aller à la ville. S’ils ont de l’eau, ils peuvent cultiver, s’il y’a des forêts, les animaux peuvent paître et les hommes récolter du bois pour le feu. »

 
Récolte de branches de dhak pour les toits des maisons avant la mousson



Fabrication d'assiettes à partir de feuilles de dhak

Le bois a aussi bien d’autres utilités, il suffit de se rendre dans une maison de paysan en terre pour le réaliser. Outre le toit en bambou renforcé par les larges feuilles du dhak en prévision de la mousson, le maigre mobilier provient de la forêt toute proche. Le dok est à cet égard emblématique pour les habitants des Monts Aravalis. Cet arbre sobre, pousse sur les pentes rocailleuses et possède des racines très profondes qui permettent un écoulement en douceur de l’eau dans le sous-sol. Les chèvres broutent ses feuilles, et son bois dur est utilisé pour construire lits, tables et outils ainsi que pour la cuisson. Si ces arbres disparaissent, ce sont toutes ces fonctions qui ne peuvent plus être assurées. De plus, la biodiversité n’est pas non plus un vain mot, dans la mesure où les ruraux en Inde sont largement dépendantes des plantes pour se soigner. La pharmacopée naturelle est à portée de main, et si elle ne règle pas tout, elle demeure indispensable pour des populations auxquelles l’accès à un réseau de soin traditionnel reste difficile. 

A suivre

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