A Hamirpur, les habitants
reçoivent dans un petit jardin
rafraichissant qui borde la rivière Arvari. Bien qu’à sec en raison d’une
précédente mousson très faible, l’Arvari est un des cinq cours d’eau de la
région à s’être remis à couler d’un bout à l’autre de l’année grâce à la
remontée des nappes phréatiques sur l’ensemble de son bassin. Cette ressource,
les villageois s’organisent pour la protéger. Sous l’impulsion de TBS, ils ont renoué avec la pratique ancienne du Gram
Sabha, une assemblées traditionnelle,
et lui ont donné une compétence officieuse sur les problèmes d’environnement.
« En ce moment, la question cruciale est celle des forêts, explique
Rudaram, le président du Gram Sabha d’Hamirpur, pendant que des jeunes hommes se
lavent à la pompe. Avant les villageois coupaient les
arbres et les forêts se dégradaient.»
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| Villageois discutant un projet de plantation d'arbres. Dhiroda |
En édictant des limitations à la
coupe du bois et aux divagations du bétail, ces Gram Sabhas ont permis au
couvert forestier de se régénérer, avec pour conséquence, entre autres, l’augmentation
du nombre de félins aux abords des villages. « Les animaux sauvages sont
une part de la nature, plaide Rudaram. Mon père et d’autres voyaient des
tigres il y a cinquante ans, mais des gens de l’extérieur sont venus les tuer
avec la complicité de gardes corrompus. Avant il y’avait peu de gardes et
beaucoup de tigres, maintenant c’est plus de gardes et moins de tigres. Avec la baisse du nombre de tigres, la chaîne alimentaire a été dérangée.»
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| Chèvres dans le réservoir d'un johad |
Le rôle joué par les fauves est
reconnu par la plupart des villageois, même si les quelques chèvres tuées ne les
réjouissent pas. « Il n’y a pas
d’animosité envers les fauves, confirme un éleveur de Devri en lisière de la
jungle de Sariska. Le gouvernement incrimine les villageois dans la disparition
des tigres, mais c’est pour mieux nous mettre dehors. Nous vivons là depuis des
siècles et il y avait de la vie sauvage en abondance. Ce sont les anglais et
les maharadjas qui ont tué les tigres, pas les villageois. » De fait, les
panthères limitent le nombre de Nilgais, ces antilopes qui en troupeaux peuvent
être dévastatrices pour les cultures.
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| Devri |
L’imbrication séculaire entre la
nature et les hommes rend nécessaire l’équilibre entre ces derniers et leur
environnement. « Si les gens ont les ressources naturelles à leur
disposition, alors ils peuvent mener leur vie, plaide Chotelal Meena, ils n’ont pas besoin d’aller à la
ville. S’ils ont de l’eau, ils peuvent cultiver, s’il y’a des forêts, les
animaux peuvent paître et les hommes récolter du bois pour le feu. »
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| Récolte de branches de dhak pour les toits des maisons avant la mousson |
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| Fabrication d'assiettes à partir de feuilles de dhak |
Le bois a aussi bien d’autres
utilités, il suffit de se rendre dans une maison de paysan en terre pour le
réaliser. Outre le toit en bambou renforcé par les larges feuilles du dhak en
prévision de la mousson, le maigre mobilier provient de la forêt toute proche.
Le dok est à cet égard emblématique pour les habitants des Monts Aravalis. Cet
arbre sobre, pousse sur les pentes rocailleuses et possède des racines très
profondes qui permettent un écoulement en douceur de l’eau dans le sous-sol.
Les chèvres broutent ses feuilles, et son bois dur est utilisé pour construire
lits, tables et outils ainsi que pour la cuisson. Si ces arbres disparaissent,
ce sont toutes ces fonctions qui ne peuvent plus être assurées. De plus, la
biodiversité n’est pas non plus un vain mot, dans la mesure où les ruraux en
Inde sont largement dépendantes des plantes pour se soigner. La pharmacopée
naturelle est à portée de main, et si elle ne règle pas tout, elle demeure
indispensable pour des populations auxquelles l’accès à un réseau de soin
traditionnel reste difficile.
A suivre
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