jeudi 9 février 2012

Voyage chez les hommes qui font pousser l'eau (3)

Johad mode d'emploi

Pour ralentir les flux de la mousson et en stocker les eaux, TBS travaille sur trois types de structures :

- le johad, construction la plus répandue est la plus facile à mettre en œuvre. Cette levée en terre et pierres de forme semi-circulaire permet la formation d’un bassin à sa base. La butte est parfois arborée pour la stabiliser et procurer une ombre limitant l’évaporation. Il arrive que la partie centrale du johad soit maçonnée, permettant l’écoulement en cascade de l’eau dans un autre bassin, et ainsi de suite.
- les anicuts sont des structures basses qui barrent le lit des cours d’eau. Encore une fois, il s’agit de ralentir le flux de l’eau très puissant en période de mousson, et de laisser à celle-ci le temps d’infiltrer le sol.
- les barrages ou dams, construits au plus près du relief, ferment généralement une cuvette montagneuse et permettent la formation de petits lacs là ou l’eau n’aurait fait que ruisseler. La retenue subsiste jusqu’à la saison chaude et permet au bétail et à la faune sauvage de s’y abreuver.

Johad en terre et cailloux

Anicut sur un cours d'eau saisonnier
Ces réalisations font l’objet d’études préalables concernant le type de sol, la disponibilité des matériaux, la destination de la structure (eau potable, irrigation, bétail), ou encore l’analyse du bassin hydrographique. Cependant, avant toute démarche, Gopal Singh s’assure de la collaboration des villageois. « Nous testons leur intérêt, explique l’ingénieur maison. Si nous les sentons prêts à participer, alors on y va. » Bénéficiaires des johads, les villageois, éleveurs et agriculteurs, sont en effet les principaux contributeurs à leur érection. « TBS et les villageois se mettent ensemble pour la construction, continue Gopal Singh. Les gens des villages y travaillent et embauchent des gens qu’ils paient. Cela génère de l’emploi. De plus après la construction, ce sont eux qui ont la responsabilité des structures. » 

Le barrage de Bhaonta est un bon exemple de cette collaboration. Erigé sur les hauteurs du village, il barre un petit cirque de collines pierreuses. Sa construction a nécessité deux mille seaux de ciments portés à dos d’homme, ou plutôt sur leur tête. L’eau puisée à deux kilomètres a été apportée de la même manière. Pour cette réalisation, chaque famille a fourni à la collectivité l’équivalent de cent jours de travail. « Bahut accha kam hai » se félicite un pâtre en redescendant ses brebis au village. Les bêtes se désaltèrent à une auge avec l’eau du puit désormais tout proche. A côté une vieille femme verse de l’eau dans une pierre creuse. « C’est pour les oiseaux, sourit Kanhaiya Lal, le directeur du campus TBS originaire de Bhaonta. Si tu restes là ce soir, poursuit-il en désignant un petit temple en surplomb, tu pourras voir les animaux de la forêt venir boire. Des hyènes, des nilgaïs, et peut-être même des panthères. » 

Cet investissement pour l’environnement, le village l’a vu récompensé par une visite du Prince Charles d’Angleterre, débarqué un jour de son hélicoptère pour inaugurer une fresque murale représentant le bassin hydrographique de la région. Aujourd’hui, la peinture est largement délavée, mais l’eau est restée, et c’est tout ce qui importe au village.

Johad à la saison chaude 

Villageoise au travail sur un johad - Gopalpura

Réfection d'un johad - Gopalpura

Barrage de Bhaonta


Kainaiya Lal (à dr.) avec des habitants de Bhaonta devant la fresque des johads

Johad en rase campagne

Anicut sur la rivière Ruparel







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