samedi 20 novembre 2010

Mercier, le COL, le barreau et les hôpitaux

Au programme de la séance du conseil général du 19 novembre, une délibération pour avis sur le Schéma National d’Infrastructures et de Transports (SNIT) dans le département, a donné l’occasion aux conseillers de s’exprimer sur les projets autoroutiers en cours. Ou plutôt sur le dernier en date, celui de Michel Mercier lui-même.

Alors que personne parmi les élus ne semble croire qu’un contournement de Lyon, tel qu’étudié par les services de l’Etat, soit une option sensée, le président du conseil a développé l’idée d’un barreau entre l’A89 et l’A6. Cette liaison de 25 km se ferait du nord de Villefranche jusqu’à la barrière de péage des Olmes sur l’A89, à l’Est de Tarare. Deux avantages à cette liaison pour Mercier : « écarter de l’agglomération les trafics qui n’ont rien à y faire », et surtout, plus surprenant, faire « un lien direct entre les hôpitaux  de Villefranche et Tarare en cours de rapprochement. »

Ceux qui pensaient que Garde des sceaux est un job à temps plein se trompaient. La fonction laisse encore le loisir de présider une assemblée locale.
Sur le papier, le tracé apparaît séduisant et dévierait de Lyon les flux routiers venant du Nord et allant à l’ouest, voire vers Saint-Etienne ou le sud via Clermont-Ferrand et l’A75. Néanmoins si tel est le but, un raccordement de l’A89 sur l'A6 au au nord de l’agglomération lyonnaise eut été suffisant.
Mais il semble bien dans cette affaire que le but du nouveau garde des sceaux soit tout autre. Car s’il a martelé qu’il « ne proposait pas de faire le COL tant que les gens n’en voulaient pas », il ne « reconnaît pas le droit d’empêcher ceux du nord (du département) d’avoir quelque chose. » Pour Mercier il y a ceux qui ont tout (comprendre les veinards qui ont des autoroutes dans leur commune) et ceux qui n’ont pas cette chance. Sa logique reste celle qui prévaut depuis des décennies : le développement - y compris en zone rurale - passe par les autoroutes. Au passage il ironise sur les habitants de Vaugneray opposés au COL, qui « changeront peut être d’avis quand ils ne pourront plus sortir de chez eux. » Le message est clair pour les péquenots opposés au progrès : hors du bitume point de salut.
Outre le fait que cet axiome n’est pas une vérité absolue, il faudrait au vu du nombre de régions en crise, construire des autoroutes à peu près partout. Mais le tout frais ministre semble également considérer que tout le monde devrait habiter à une demi-heure d’une gare TGV ou d’un aéroport international, car il est bien connu que les Français prennent le TGV ou l’avion tous les quatre matins.


Les travaux de l'A89 sont bien avancés. Mais personne ne sait encore où elle va se connecter
Alors le barreau de Mercier est-il une diversion pour éviter un COL aux conséquences catastrophiques ou bien un outil de désenclavement pour le nord-ouest du Rhône ? Un peu des deux, mais est-il vraiment nécessaire de construire des infrastructures routières lourdes pour desservir des zones de montagne faiblement peuplées. Et s'il s'agit d'opérer une liaison entre A89 et A6, le faire au niveau de la plaine des Chères - solution réclamée depuis longtemps par de nombreux élus - serait moins onéreux et tout aussi efficace. Reste l'histoire des hôpitaux. Doit on dépenser des centaines de millions d'euros pour connecter porte à porte deux hôpitaux amenés à travailler ensemble ?
Tout cela ressemble à une lubie de notable local, un projet irréfléchi et dépensier qui s'avèrera être une erreur sitôt construit. On s'attendait à mieux d'un Garde des sceaux.
Enfin personne dans l'assemblée n'a relevé l'atteinte irrémédiable au paysage que constituerait cette voirie. Amenée à traverser le sud du vignoble beaujolais, elle défigurerait de manière irrémédiable le pays des Pierres Dorées, un des atouts touristiques des environs de Lyon.
Des préoccupations éloignées de celles des conseillers qui ont voté à une très large majorité (socialistes compris) un avis favorable au barreau de Mercier.

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