lundi 17 janvier 2011

Tourisme : Pourquoi pas la Roumanie ?

A l’inverse des fourmis, les vacanciers préparent leur été en hiver, et la période des réservations touristiques va vite arriver pour les prévoyants. Pour les adeptes du dernier moment, la Roumanie pourrait bien être la destination idéale. 

En passant par la Bavière
L’ouest du pays, à 1600 km de Lyon est aisément accessible par la route. Le voyage à travers la Suisse, l’Allemagne, l’Autriche et la Hongrie, offre en outre une multitude d’arrêts possibles
. Les lacs de Bavière, les thermes hongrois, la vallée du Danube ou les trois capitales (Vienne, Bratislava et Budapest) sont autant de pauses agréables dans une Europe centrale à la nette influence allemande.

Le décor change à l’entrée en Roumanie. L’ordonnancement germanique laisse la place à un pittoresque chaos. Les charrettes à chevaux partagent avec les automobilistes une chaussée parsemée de nids de poule.  Aux usines abandonnées des faubourgs d’Oradéa, succèdent les superbes monuments baroques du centre ville. Et puis à l’est la route s’élève dans un paysage de champs et de pâtures et enfin c’est le brouillard dans une forêt épaisse. Bienvenue dans la Roumanie des légendes ! Là au milieu des Monts Apuseni, si vous avez de la chance, vous tomberez sur la petite pension de Maria Corches à côté de l’église du village. Confitures maison, liqueur locale, choux du jardin et une hôtesse aux petits oignons vous récompenseront d’avoir fait la route.  Le massif est idéal pour randonner à pied, avec un bon réseau de sentiers balisés entre bois et estives. Mais gare aux ours qu’on dit rôder dans les hauteurs, ici on est dans la Nature.

Logement chez l'habitant dans les Monts Apuseni
Pour les belles pierres, il faut rejoindre la Transylvanie et arpenter les citadelles d’Alba Iulia et Sighisoara. C’est joli et bien retapé. Il y’a des touristes mais pas de foule, comme dans le reste du pays. On a l’impression d’être en voyage plus qu’en vacances.
L’imposant château médiéval de Corvin se découvre après avoir traversé Hunedoara. La ville reste encombrée de ses aciéries en ruine. A l’époque on en construisait jusque dans le centre.  Ces restes de l’industrie lourde soviétique se retrouvent un peu partout dans le pays, même si les traces tendent à s’estomper. A Copsa Mica, si les carcasses et les crassiers font toujours tâche, le paysage a retrouvé ses couleurs. On a même repeint toutes les maisons du bourg ce qui lui donne un air pimpant.
A Biertan, c’est la Transylvanie telle qu’on voudrait qu’elle existe toujours et partout. La vieille et massive église fortifiée veille sur le village longiligne. La campagne paisible n’est troublée que de rares automobiles. Dans le bourg les préparatifs d’une fête médiévale n’arrivent pas à déranger ce silence. Tout se fait dans un grand calme.
Plus au nord et plus à l’est encore, on rejoint la Bucovine et d’autres chefs d’œuvre d’architecture religieuse en suivant les eaux brunâtres de la Bistrita. Les monastères peints protégés de leurs enceintes abritent des nonnes sérieuses en même temps que d’immenses fresques murales représentant des scènes de la Bible. Alentours, les moissons battent leur plein. Les paysans jeunes et vieux partent au matin leur outil sur l’épaule. Parfois c’est en charrette qu’on se transporte. C’est une des grandes surprises, et un grand bonheur, en  Roumanie que d’observer ce monde rural vivant disparu presque partout ailleurs.  

Au monastère de Sucevita (Bucovine)
Dans les Maramures, la fête du monastère de Pozita en offre une autre image oubliée. Des centaines de villageois assistent à l’office dans un amphithéâtre de  verdure. Les femmes et les filles portent leurs chemisiers brodés. Les hommes graves et endimanchés bravent stoïquement le soleil. La scène semble immuable et pourtant beaucoup d’habitants de cette région enclavée vont chercher bonne fortune en Italie, France ou Espagne. Ainsi Marianna effectue de fréquents séjours à Paris. Cette robuste quinquagénaire s’occupe de personnes âgées à domicile. Pas déclarée, elle a acheté son premier emploi 900 à une compatriote plus ancienne. Les hommes vont eux sur des chantiers. A leur retour, ils travaillent un lopin de terre pour nourrir quelques bêtes. Souvent le potager fournit une bonne partie des aliments de la maison.
Les forêts sont une source de revenus pour des Roms qui s’y installent et ramassent myrtilles et champignons qu’ils vendent sur le bord des routes. Sur ces mêmes routes où l’on croise nombre de camions chargés de grumes. Qui eux aussi filent à l’ouest. Il  est plus facile de faire le trajet si l’on est une planche en bois  plutôt qu’un être humain. Et tant pis pour les forêts roumaines qui abritent encore loups et ours.
Des  hommes du village discutent de ces fauves dans une gargote. Tous ont déjà vu un ours, qui leur chipe à l’occasion quelque bricole. Mais ne leur dites pas qu'une poignée de ces bêtes dans nos montagnes provoque des débats sans fin. Les Roumains sont sympathiques et accueillants, mais ils risqueraient fort de prendre les Français pour des nigauds. Ce que nous ne sommes pas, assurément ....

Travaux des champs en Bucovine

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